Le Mois du film documentaire, une manifestation fédératrice

| Par Dominique Margot, le 19/12/2008 |



Le Mois du film documentaire
est une manifestation nationale imaginée par Images en bibliothèques, qui en assure la coordination nationale. Créé en 2000, il se déroule chaque année en novembre, et va donc connaître en 2009 sa dixième édition.

L’association Images en bibliothèques rassemble un réseau de médiathèques qui constituent et animent des collections de films sur support DVD (3.000 à 7.000 titres en moyenne). Ces films sont vus sur place sur moniteur ou dans des auditoriums d’une cinquantaine de places, ou prêtés à titre individuel pour visionnement dans le "cercle de famille". Les films sont de tous genres, fictions, documentaires, animation, répondant en cela à la vocation encyclopédique de ces établissements.

Mais l’originalité et la richesse de ces collections est dans le documentaire, puisque depuis plus de vingt ans le Ministère de la culture acquiert spécifiquement pour les médiathèques les droits de films documentaires non édités. On trouve donc, à la libre disposition du public (500 établissements dans les villes de toutes régions, fréquentées par 20% de la population), des films documentaires de référence, disparus de toute autre diffusion, le plus souvent sans visa d’exploitation : c’est la survie d’un corpus de films rares, qui ont besoin d’être mis en valeur pour trouver leur public.

Dans cette perspective, l’idée de départ du Mois du film documentaire a été de créer un événement, qui mette en lumière l’étendue et l’intérêt de ces collections. Cependant, il est aussitôt apparu que, si l’on conçoit le film documentaire comme un objet de cinéma, il doit être montré au-delà des médiathèques, dans des lieux et des formats de diffusion dédiés au cinéma, c’est-à-dire dans les salles. Puis, en élargissant la réflexion, la manifestation devait être prise en main par tous les organismes de diffusion qui défendent une même idée du cinéma documentaire : un film d’auteur, dans lequel est présenté de la réalité, le regard exigeant et particulier d’un cinéaste.

C’est ainsi que s’est construit le Mois du film documentaire. Une manifestation unique en son genre, qui ne peut exister que par la mobilisation d’une multitude d’acteurs locaux, et des financements régionaux. Manifestation expérimentale, car autour d’un consensus sur un corpus de films, elle rassemble tout l’éventail de l’action culturelle cinématographique et audiovisuelle : les salles de cinéma, les médiathèques, mais aussi les organismes d’éducation populaire, des musées, des prisons, des lycées et universités, des collectivités territoriales ou des associations locales de cinéphiles… Y compris les Centres culturels français à l’étranger, qui affichent le Mois du film documentaire à Jakarta, Ouagadougou, New-York, Bucarest, Dubaï, Ho Chi Minh …

Au total en 2007 : plus de 3.000 séances, près de 1.500 documentaires projetés, 988 réalisateurs programmés, plus de 120.000 spectateurs.

Deux particularités importantes :

Les partenariats
Dans une même zone géographique, de plus en plus les établissements participants se rencontrent et construisent ensemble des programmations. Ce n’est pas toujours facile, il faut comprendre des fonctionnements différents et s’entendre autour de rythmes qui ne sont pas toujours les mêmes. Néanmoins, ces efforts permettent une plus grande visibilité de l’événement local, une circulation du public qui découvre des lieux nouveaux. Enfin, ces partenariats créent une force collective : ainsi les médiathèques soutiennent et défendent leur salle de cinéma, dont elles ont besoin pour légitimer leur propre action cinématographique.

Le public
Le Mois du film documentaire n’est pas un festival. Animé par des acteurs de terrain, il s’adresse à un public non initié. Les spectateurs sont les habitants du lieu ; ils n’auraient pas eu l’idée de se déplacer pour aller voir un film documentaire ; c’est la force de l’événement, la présence du réalisateur (très fréquente), et la conviction de leur interlocuteur qui les a décidés. Il n’est pas de plus belle récompense pour l’organisateur que d’entendre au sortir d’une projection : « J’ai découvert un film comme je n’avais jamais vu ».


Dominique Margot