| Par Anne Verrier, vidéothécaire |
| Médiathèque Van Gogh à Arles |
| le 19/12/2008 |
De 2004 à 2007, la médiathèque d'Arles a mené, dans le cadre du contrat de Ville, le projet Au fil des films en collaboration avec le collège Ampère et le réalisateur Eric Vanz de Godoy de l'association Mondus Inversus.
Cette animation s'adresse à de jeunes collégiens de onze à seize ans, d'origine marocaine et algérienne, qui venaient alors d'arriver en France. Ils passaient leur temps libre à la vidéothèque de la médiathèque et étaient scolarisés au collège Ampère.
C'est de leur façon d'utiliser les services proposés par la vidéothèque qu'est partie l'idée d'une première expérience. En effet, ces jeunes, alors que certains à leur arrivée parlaient très peu le français, sont devenus les spectateurs les plus assidus du service et aussi les plus autonomes, naviguant sans difficulté dans les rayons pour rechercher ce qui correspondait à leurs attentes, à savoir, dans un premier temps, tous les documents touchant de près ou de loin à leur pays d'origine (ils ont su repérer les films en langue arabe originale) ou tous les films susceptibles de les faire progresser dans l'apprentissage du français, par exemple les films d'animation pour tout petits.
Ils se sont approprié ce média, pas forcément parce qu'il est plus aisé que la lecture, mais simplement parce qu'ils en ont croisé l'offre. Confortés dans cette première démarche, ils ont ensuite accepté de se faire conseiller et ont acquis ainsi une véritable culture cinématographique.
Il nous semblait important de répondre plus précisément au besoin manifesté par ces pratiques “ braconnières ” du fonds de la vidéothèque : c'est ainsi que naît le projet Au fil des films, avec, pour objectif de développer ce mouvement amorcé par les jeunes eux-mêmes, pour l'enrichir, le soutenir, et répondre de façon efficace à leurs attentes, mais aussi à leurs besoins.
Nous avons d’abord constitué, avec les enseignants, un fonds de films qui leur permettait d'avoir un aperçu de la diversité de l'offre cinématographique. Parallèlement, un réalisateur les a initiés aux techniques du film d'animation, leur permettant ainsi d'aborder le cinéma dans son ensemble, et par la même occasion de mettre en jeu de nombreux paramètres (l'écrit, l'oral, le travail en groupe, l'autonomie...).
Chaque étape s'est conclue par des réalisations : au total, deux films d'animation (Une faim d'ours en 2004, le Messager : le travail dans la nuit en 2005) et un film documentaire (C'est pas mon histoire, en 2005). Mais cet aboutissement concret n'est pas le point le plus important au regard de tout ce qui se joue lors des ateliers, et au cours de l'évolution de l'année.
Les objectifs
Se saisir de leur curiosité pour tout ce qui touche à l'histoire de leur peuple, à leurs origines, pour rechercher avec eux les traces que les passages des différentes populations, d'un côté à l'autre de la Méditerranée, ont laissées dans le présent et plus particulièrement à Arles, la ville qui est devenue aujourd'hui la leur et dans laquelle ils doivent trouver une place. Leur faire prendre conscience de la complexité de la notion d'origine. Leur faire comprendre qu'un héritage peut se transmettre aussi bien que se construire, et qu'ils ont une part à y jouer. Leur montrer enfin que le brassage des peuples, au cours des siècles, est aussi un réel enrichissement dans de multiples domaines.
Enfin nous voulons leur permettre d'enrichir leur culture cinématographique en leur projetant régulièrement une grande diversité de films documentaires. Nous nous servons de leur intérêt spontané pour le cinéma, intérêt qui est le point de départ de ces trois années de travail ensemble, pour les valoriser en dehors des sentiers battus de leur scolarité.
Ainsi ils ont découvert les films suivants :
Autopsie d'une momie de M. Marie, 1986
Je me souviens de et avec Samy Frey, d'après le livre de Georges Perec.
First contact de Bob Connolly.
La Douceur du village de François Reichenbach
Les Chevaux de feu de Sergueï Paradjanov
Neige sur l'Yili de Lei Feng
Nous leur avons montré aussi des extraits de : Demain et encore demain de Dominique Cabrera ; Le Joli mai de Chris Marker ; Les Inconnus de la terre de Mario Ruspoli ; L'Homme à la caméra de Dziga Vertov ; Les Maîtres fous, de Jean Rouch ; Jason et les Argonautes de Donald Chaffey .
Tout au long de l'année, parallèlement aux visites, aux rencontres, aux séances de tournage, la vidéothèque aura été un lieu de ressources : c'est là que se déroulent les ateliers d'écriture, les projections de films et les lectures à voix haute.
Si le choix des documents est fait en fonction de l'intérêt du moment, l'important est avant tout de les “nourrir” par ces films. Nous souhaitons les leur faire découvrir, avant tout, pour leurs qualités, sans rien attendre d'autre que l'enrichissement personnel qu'ils peuvent leur apporter. L'important est de favoriser la rencontre entre ce public et des œuvres originales à part entière, dont ils auront peu de chance de croiser l'offre par ailleurs.
| Médiathèque Van Gogh à Arles |
| le 19/12/2008 |
De 2004 à 2007, la médiathèque d'Arles a mené, dans le cadre du contrat de Ville, le projet Au fil des films en collaboration avec le collège Ampère et le réalisateur Eric Vanz de Godoy de l'association Mondus Inversus.
Cette animation s'adresse à de jeunes collégiens de onze à seize ans, d'origine marocaine et algérienne, qui venaient alors d'arriver en France. Ils passaient leur temps libre à la vidéothèque de la médiathèque et étaient scolarisés au collège Ampère.
C'est de leur façon d'utiliser les services proposés par la vidéothèque qu'est partie l'idée d'une première expérience. En effet, ces jeunes, alors que certains à leur arrivée parlaient très peu le français, sont devenus les spectateurs les plus assidus du service et aussi les plus autonomes, naviguant sans difficulté dans les rayons pour rechercher ce qui correspondait à leurs attentes, à savoir, dans un premier temps, tous les documents touchant de près ou de loin à leur pays d'origine (ils ont su repérer les films en langue arabe originale) ou tous les films susceptibles de les faire progresser dans l'apprentissage du français, par exemple les films d'animation pour tout petits.
Ils se sont approprié ce média, pas forcément parce qu'il est plus aisé que la lecture, mais simplement parce qu'ils en ont croisé l'offre. Confortés dans cette première démarche, ils ont ensuite accepté de se faire conseiller et ont acquis ainsi une véritable culture cinématographique.
Il nous semblait important de répondre plus précisément au besoin manifesté par ces pratiques “ braconnières ” du fonds de la vidéothèque : c'est ainsi que naît le projet Au fil des films, avec, pour objectif de développer ce mouvement amorcé par les jeunes eux-mêmes, pour l'enrichir, le soutenir, et répondre de façon efficace à leurs attentes, mais aussi à leurs besoins.
Nous avons d’abord constitué, avec les enseignants, un fonds de films qui leur permettait d'avoir un aperçu de la diversité de l'offre cinématographique. Parallèlement, un réalisateur les a initiés aux techniques du film d'animation, leur permettant ainsi d'aborder le cinéma dans son ensemble, et par la même occasion de mettre en jeu de nombreux paramètres (l'écrit, l'oral, le travail en groupe, l'autonomie...).
Chaque étape s'est conclue par des réalisations : au total, deux films d'animation (Une faim d'ours en 2004, le Messager : le travail dans la nuit en 2005) et un film documentaire (C'est pas mon histoire, en 2005). Mais cet aboutissement concret n'est pas le point le plus important au regard de tout ce qui se joue lors des ateliers, et au cours de l'évolution de l'année.
Les objectifs
Se saisir de leur curiosité pour tout ce qui touche à l'histoire de leur peuple, à leurs origines, pour rechercher avec eux les traces que les passages des différentes populations, d'un côté à l'autre de la Méditerranée, ont laissées dans le présent et plus particulièrement à Arles, la ville qui est devenue aujourd'hui la leur et dans laquelle ils doivent trouver une place. Leur faire prendre conscience de la complexité de la notion d'origine. Leur faire comprendre qu'un héritage peut se transmettre aussi bien que se construire, et qu'ils ont une part à y jouer. Leur montrer enfin que le brassage des peuples, au cours des siècles, est aussi un réel enrichissement dans de multiples domaines.
Enfin nous voulons leur permettre d'enrichir leur culture cinématographique en leur projetant régulièrement une grande diversité de films documentaires. Nous nous servons de leur intérêt spontané pour le cinéma, intérêt qui est le point de départ de ces trois années de travail ensemble, pour les valoriser en dehors des sentiers battus de leur scolarité.
Ainsi ils ont découvert les films suivants :
Autopsie d'une momie de M. Marie, 1986
Je me souviens de et avec Samy Frey, d'après le livre de Georges Perec.
First contact de Bob Connolly.
La Douceur du village de François Reichenbach
Les Chevaux de feu de Sergueï Paradjanov
Neige sur l'Yili de Lei Feng
Nous leur avons montré aussi des extraits de : Demain et encore demain de Dominique Cabrera ; Le Joli mai de Chris Marker ; Les Inconnus de la terre de Mario Ruspoli ; L'Homme à la caméra de Dziga Vertov ; Les Maîtres fous, de Jean Rouch ; Jason et les Argonautes de Donald Chaffey .
Tout au long de l'année, parallèlement aux visites, aux rencontres, aux séances de tournage, la vidéothèque aura été un lieu de ressources : c'est là que se déroulent les ateliers d'écriture, les projections de films et les lectures à voix haute.
Si le choix des documents est fait en fonction de l'intérêt du moment, l'important est avant tout de les “nourrir” par ces films. Nous souhaitons les leur faire découvrir, avant tout, pour leurs qualités, sans rien attendre d'autre que l'enrichissement personnel qu'ils peuvent leur apporter. L'important est de favoriser la rencontre entre ce public et des œuvres originales à part entière, dont ils auront peu de chance de croiser l'offre par ailleurs.